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Photo © Philippe Munda

Ensemble ensemble, Vincent Thomasset

Ensemble ensemble. Répétition, bégaiement, protophrase balbutiante, écho qui annonce la suite. Comme son titre simple et tautologique, la nouvelle création de Vincent Thomasset entraîne, sans prétention, les spectateurs dans un ballet de corps et de mots à la frontière du banal et du poétique, à l’interstice de l’absurde et du sensible. Pendant une courte heure, quatre corps, miroirs les uns des autres, dialoguent par mots et par gestes, évoquant les plus petits riens du quotidien, étalant en longueur les affres infimes qui parsèment nos relations, avec une acuité et une légèreté tout simplement réjouissantes.

Sur scène, rien de superflu. Le sol vide, un écran vide au fond et des corps. Deux danseurs, un homme et une femme, sont contorsionnés en avant-scène, sous la lumière des projecteurs, tandis que derrière se détachent deux silhouettes dans la pénombre. Deux fois un homme et une femme. Deux fois un couple. Quand les danseurs prennent la parole, elle est empruntée, factice, elle ne colle pas avec leur corps. Ils se font ventriloquer par les deux silhouettes en fond de scène. Les danseurs dansent et les acteurs jouent. Les danseurs animent leur corps et leurs lèvres et de celles-ci sort la voix d’un autre couple. Le dialogue s’établit sur un autre terrain, celui du logos.

Miroir faussement symétrique, les deux couples, ou plutôt, le couple démultiplié, s’engage dans un étrange quatuor. Le jeu spéculaire des regards circule entre les corps, rendant impossible la fixation d’un original et de son image. Qui parle de la voix ou du corps ? Impossible à dire. Les rôles se diluent les uns dans les autres. Cet étonnant couple de couple reste ensemble, ensemble mais distant. Aux uns la parole, aux autres la danse, et entre les deux, tout autour d’eux, la musique, entraînante, hypnotisante. Les percussions de clavecins secouent les cadres, interrompent les discussions et noient les corps ensemble. Dans ces instants musicaux, toutes les frontières s’étiolent. Reste une parade partagée, juste et touchante, guillerette aussi.

Le texte de Thomasset, fait d’infinies variations autour de rien ou presque, surprend par sa sobriété et son souffle léger qui emporte souvent l’enthousiasme du public. Derrière l’anecdotique et l’anodin, perce toute une poésie du banal. À l’image de cette charmante séquence où les protagonistes s’adonnent à un jeu de leur cru : celui des « phrases qui mettent tout le monde d’accord ». Sorte d’exercice d’anti-poésie où les phrases doivent se faire le plus tautologique et inexpressive possible, simples énoncés factuels, mais où sourd, comme en négatif, une paradoxale poésie non dite.

Avec cette nouvelle création, Vincent Thomasset opère une très équilibrée et délicate symbiose entre parole, danse et musique. Chaque élément s’installe et se déploie en toute simplicité, propose modestement sa poésie absurde et charme par sa légère élégance. Thomasset présente un théâtre de la parole sans artifice mais plein de ressources qui ne peut manquer de toucher.

Vu au Théâtre de la Bastille à Paris. Chorégraphie, mise en scène, écriture, Vincent Thomasset. Avec Aina Allegre, Lorenzo De Angelis, Julien Gallée-Ferré, Anne Steffens. Scénographie, Vincent Gadras. Lumières, Pascal Laajili. Son, Pierre Boscheron. Costumes, Angèle Micaux. Photo © Philippe Munda.

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Publié le 26/10/2017


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