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Logique du pire300

La logique du pire, Etienne Lepage & Frédérick Gravel

Fruit d’une seconde collaboration entre le metteur en scène Etienne Lepage et le chorégraphe Frédérick Gravel, La logique du pire questionne la nature humaine sous forme de témoignages mêlant comédie et danse. Réunis dans ce qui pourrait être un salon public de confessions, cinq jeunes adultes, incarnés par les comédiens Philippe Boutin, Yannick Chapdelaine, Gabrielle Côté, Renaud Lacelle-Bourdon et Marilyn Perreault, livrent leurs échecs sous forme d’anecdotes, mimes et entretient fictif.

L’un relate par exemple l’absurdité de son séjour à l’hôpital, tandis que l’autre restitue les faits d’un homicide involontaire cocasse, le tout sur fond d’humour corrosif. La pièce de théâtre personnifie ces débats intérieurs existentialistes qui peuvent  habiter chacun de nos esprits. Chaque comédien incarne ainsi une sorte d’antihéro confiant tour à tour  des faits dont personne ne se venterait en société. La dramaturgie est amenée à  partir d’anecdotes paraissant d’abord anodines, mais, rapidement, la gravité prend de l’ampleur et  l’humour devient drame. La vulnérabilité humaine ainsi malmenée est théâtralisée de façon comique. L’impertinence est ici matière d’un jeu à la fois drôle et tragique.

Le texte est incisif, frappant l’esprit d’un public habituellement en attente d’extraordinaire. Pourtant, c’est ici notre simple complexité qui est mise à nue, sans le moindre superflu dans les décors, les costumes, les lumières ou le son. L’ensemble est étudié de manière essentielle mais efficace et bien maîtrisée. La finesse d’écriture d’Etienne Lepage est portée à juste mesure sur scène par cette collaboration avec Frédérick Gravel. Le style singulier du chorégraphe se prête très bien à l’interprétation : l’attitude casual des danseurs-comédiens se mêle d’une tension dramatique paradoxale.

La grande expressivité du jeu théâtral valorise aussi l’adaptation du texte : l’association de la danse et du théâtre exacerbent les émotions, une discipline accompagnant l’autre de façon complémentaire. Elles pourraient même davantage se confondre. Le langage verbal et corporel décrit bien la complexité humaine dont nous sommes tous constitués, presque  à la hauteur d’une fiction cinématographique.

On ne manque pas d’être interpellés par l’impact de cette pièce de théâtre. La collaboration des deux personnalités apparait être une force qui enrichie le propos sur scène. Pour un thème philosophique aussi dense, le rire s’avère être une bonne approche pour toucher le spectateur et le conduire au questionnement. Au-delà de l’aspect dramatique que soulève la fin de la pièce, on pourrait se demander : qu’est-ce que le meilleur s’il y a toujours pire que le pire?

Vu au théâtre La Chapelle à Montréal. Texte et direction de production Etienne Lepage. Mise en scène Etienne Lepage et Frédérick Gravel. Avec Philippe Boutin, Yannick Chapdelaine, Gabrielle Côté, Renaud Lacelle-Bourdon et Marilyn Perreault. Scénographie et costumes Romain Fabre. Lumière Alexandre Pilon-Guay. Musique Robert M. Lepage et Frédérick Gravel. Photo de Gunther Gamper.

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Publié le 24/11/2016


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