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Macbeth, Ariane Mnouchkine

Aller voir une pièce au Théâtre du Soleil, c’est plus qu’aller voir un spectacle, c’est entrer dans un monde. On arrive à La Cartoucherie comme on découvre un village dans la forêt. On entre dans une salle de banquet, de réception. L’éclairage évoque la lueur de bougies. La salle est décorée de reproductions de tableaux et gravures représentant l’histoire de Macbeth et d’anciennes affiches de spectacles. Les spectateurs dînent autour de grandes tables rondes recouvertes de nappes blanches, prémisses de celles auxquelles s’attableront le roi et ses convives quelques instants plus tard. C’est un lieu de convivialité dans une nature paisible. Le cadre est parfait pour entrer dans le dur monde de Macbeth, qui semble en être l’antithèse : une sociabilité pleine de faux semblants et d’intérêts cachés, installée au sein d’une nature sauvage et déchaînée.

Ariane Mnouchkine a choisi de placer son Macbeth dans une époque à la fois un peu désuète et résolument contemporaine. À la pensée magique et ancestrale des sorcières, paysannes en haillons, s’oppose la mêlée médiatique et le faste de l’évènement. Alors que les sorcières ont parlé dans la lande, les flashs et les micros des journalistes accueillant les vainqueurs de la guerre ne semblent que plus futiles. Elles ont prédit à Macbeth le pouvoir : encouragé par sa femme, il cherchera alors à l’atteindre par tous les moyens. L’idée du meurtre l’effleure et ne le lâchera plus. Il tue. Il s’est sali les mains et c’est irrémédiable. Il sèmera désormais la terreur. Cet homme lâche et faible entre dans l’engrenage du mal. Sa soif de pouvoir est insatiable, mais, une fois sur le trône, il éprouve surtout une peur panique de le perdre et d’être démasqué. Macbeth et sa femme n’ont qu’un but, atteindre le pouvoir, mais n’ont ni idées ni ambitions pour leur royaume et le peuple qui y vit. Leur pouvoir est vide de sens, absurde.

Cette grande troupe, composée d’une quarantaine de comédiens, donne de l’envergure à la pièce, donnant à voir sur scène une véritable société en mouvement, qui fait écho à de multiples reprises au monde actuel. Parfois pourtant la dynamique s’essouffle, le jeu s’affaiblit. Il faut souligner la virtuosité des ambiances sonores créés et jouées en direct par Jean-Jacques Lemêtre. Les changements de décors sont nombreux, offrant pour chaque scène un nouveau tableau. Ce sont les comédiens qui font et défont les décors au fur et à mesure de la pièce, qui balaient le sol. Cette mise en scène met ainsi en avant la vérité de ce rapport au sol, à la nature qu’ont ces hommes qui se battent pour sauver leurs terres, donnant ainsi lieu à une des plus belles images du spectacle : celle de la forêt qui se lève pour se libérer du joug du tyran.

Vu au Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes. Macbeth, de William Shakespeare (nouvelle traduction d’Ariane Mnouchkine, coédition Théâtre du Soleil/Editions théâtrales). Mise en scène : Ariane Mnouchkine. Photo de Michèle Laurent.

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Publié le 09/10/2014


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