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LA MELANCOLIE DES DRAGONS (Philippe Quesne 2008)

La Mélancolie des dragons, Philippe Quesne

Au milieu d’une petite clairière enneigée, une Citroën AX à l’arrêt abrite deux chiens et des hardrockers aux cheveux longs qui écoutent de la musique très forte. Ils zappent pendant plusieurs minutes jusqu’à l’entrée d’une femme à vélo qui semble être arrivée là par hasard : c’est Isabelle. La conversation s’engage entre ce groupe surréaliste et cette petite femme aux cheveux bouclés et nous apprenons que la voiture est en panne et que la pièce de rechange n’arrivera pas avant plusieurs jours. Ils sont en voyage, en quête d’un endroit où aménager leur parc d’attraction. S’installe alors au fil de la conversation, une douce complicité entre Isabelle et les sept hommes qui finissent par lui proposer une visite personnelle de leur extraordinaire parc qui tient dans le coffre de leur voiture.

Créée aux Wiener Festwochen en Autriche et présenté dans le cloître des Célestins au Festival d’Avignon 2008, La Mélancolie des dragons est aujourd’hui reprit par son metteur en scène, Philippe Quesne, pour sa première saison à la tête du théâtre Nanterre-Amandiers. Les spectateurs de L’Effet de Serge (créé en 2007) se souviennent sans doute du dernier tableau du spectacle : des perruques pendues à des fils de pêche qui tressaillent au son d’une musique rock derrière la baie vitrée de l’appartement de Serge. Nous retrouvons ici ces cheveux synthétiques dans une cabine remorquée par la voiture, sorte de cabinet de curiosité, centre d’art portatif.

Dans le décor enneigé (magnifique scénographie artificielle) se déploie alors une série de performances que nous découvrons en même temps qu’Isabelle. Ces micros numéros évoquent ceux que Serge pouvait déjà offrir à ses amis le dimanche après-midi dans son appartement : de petites images poétiques auxquelles on confère avec émerveillement un grand pouvoir. La Mélancolie des dragons fait se dialoguer la gravure Melancolia de Dürer avec Still loving you de Scorpions joué à la flûte à bec : c’est une pièce sensible, surréaliste, construit avec tout et rien, des images puissantes, saisissantes. Les personnages de Philippe Quesne évoluent dans des tableaux presque irréels et sortis d’un rêve abstrait, où la banalité côtoie la beauté, où le silence est achronique et où l’absurde rime avec poésie.

Vu au Théâtre Nanterre-Amandiers. Conception, mise en scène et scénographie, Philippe Quesne. Avec Isabelle Angotti, Rodolphe Auté, Cyril Gomez- Mathieu, Sébastien Jacobs, Victor Lenoble, Émilien Tessier et Gaëtan Vourc’h. Photo de Victor Tonelli.

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Publié le 13/01/2015


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