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Samuel Rubio

Nkenguégi, Dieudonné Niangouna

Après Le Socle des vertiges (2011) et Shéda (2013), Dieudonné Niangouna signe Nkenguégi, fresque de trois heures sans entracte dans laquelle l’auteur, metteur en scène et comédien nous propose un long voyage à travers une dizaine d’histoires se mélangeant et se dépliant au fil du spectacle, accompagnées d’images filmées au Cameroun (et non au Congo, pays d’origine de l’auteur dont il représente aujourd’hui une figure de l’opposition politique et intellectuelle) .

On assiste ainsi à la tentative de création par un metteur en scène d’une pièce ayant pour thème la reconstitution du Radeau de la méduse, d’après le célèbre tableau de Géricault dont la reproduction nous accompagne presque tout au long de la pièce, à jardin, sous un écran qui diffusera des images d’hommes et de femmes sur un bateau brinquebalant. Le processus de création est mis à nu, Dieudonné Niangouna intervenant régulièrement pour recadrer le propos, diriger les comédiens, à vue, sur le plateau même.

La mise en abyme habile ouvre la voie à de nombreux questionnements sur les liens entre fiction et réalité, et sur la frontière qui les sépare. De frontières il est évidemment question tout au long de la pièce, frontière physique d’une part : la mer qui sépare ces « migrants » du bout de La Terre idéalisé, et frontières métaphoriques d’autre part, qui séparent les hommes entre eux et les individus en leur for intérieur. Le titre du spectacle Nkenguégi faisant d’ailleurs référence à une plante épineuse qui sert souvent de barbelé pour délimiter un territoire.

Cette complexité se déploie dans les différents tableaux soumis à notre regard. On passe ainsi de la mer déchaînée au salon d’un appartement parisien dans lequel se joue une soirée mondaine, à un poste de police dans une république africaine qui n’est jamais nommée. Les invités sont grimés, les têtes d’animaux et les coupes de champagne remplissent le vide et chacun disserte sur la situation géopolitique actuelle tandis que les policiers attendent autour d’une table à l’extérieur du « komissaria ».

Les temporalités diffèrent et nous promènent dans l’univers foisonnant et infini qui sous-tend la pensée de Niangouna. Nkenguégi s’inscrit dans un mouvement réflexif global, utilisant l’ensemble des outils mis à sa disposition par ce que permet la scène. Il s’agit ainsi tout à la fois d’une réflexion contemporaine sur la géopolitique mondiale, sur la place du metteur en scène et l’évolution du théâtre dans nos sociétés postmodernes.

La scénographie assez riche du début du spectacle se métamorphose pour devenir le lieu presque nu de la réflexion sur l’après. Niangouna y est filmé en train de délivrer un message, projeté à cour sur écran géant. Il y énonce quelques principes concernant son œuvre, notamment celui de se laisser entièrement traverser par elle sans essayer de tout saisir. C’est effectivement ce que l’on ressent à la suite de Nkenguégi :  l’impression d’avoir été emporté dans un torrent de mots, de concepts, de contes, et de ne pas s’être forcément raccrochés aux mêmes branches que les autres spectateurs, ouvrant ainsi le champ à une myriade d’interprétations.

Vu au TGP, Théâtre Gérard Philipe (MC93 Hors les Murs) dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Texte, mise en scène et scénographie Dieudonné Niangouna. Vidéo Wolfgang Korwin et Jérémie Scheidler. Costumes Vélica Panduru. Création musicale et musiciens Pierre Lambla, Armel Malonga. Avec Laetitia Ajanohun, Marie-Charlotte Biais, Clara Chabalier, Pierre-Jean Étienne,Kader Lassina Touré, Harvey Massamba, Daddy Kamono Moanda, Papythio Matoudidi, Mathieu Montanier, Criss Niangouna, Dieudonné Niangouna. Photo de Samuel Rubio.

Jusqu’au 26 novembre au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis
Du 26 au 28 avril 2017 au Grand T à Nantes

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Publié le 14/11/2016


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