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Pièces courtes 1-9, Maxime Kurvers

Après avoir assisté Jérôme Bel, Maxime Kurvers signe avec Pièces courtes 1-9 sa première mise en scène. Pour l’occasion il se propose un pari ambitieux : combiner une approche formaliste à une visée didactique qui s’adresse, plus ou moins directement, à la praxis des spectateurs. En détournant une série d’actions quotidiennes simples, Kurvers souhaite problématiser l’habitude qui peut s’instaurer dans la routine des gestes répétés. Les acteurs répondent à des impératifs simples, des phrases manuscrites sur un papier distribué avant l’entame, semblables à une liste de bonnes résolutions que l’on pourrait trouver griffonnée après la nouvelle année. Avec cette première pièce, le jeune chorégraphe propose une forme de théâtre mineure, tout en retenu spectaculaire, mais qui regorge néanmoins d’inventivité structurelle et formelle.

Pièces courtes 1-9, comme son nom l’indique, prend le parti de l’auto-réflexivité. Il s’agit de jouer des cadres et des formats structurant la représentation théâtrale. La mise en scène se veut ainsi volontairement dépouillée. Le minimalisme de la scénographie donne toute leur importance aux corps des deux acteurs. L’espace scénique n’accueille que peu d’objets, pour la plupart d’ailleurs nonchalamment rangés dans une boîte en plastique. Au lieu de tous ces éléments de contenu, c’est la structure de la représentation qui est mise en avant, son ossature. La chair de la pièce se fait discrète au bénéfice de sa mécanique. Celle-ci explore les limites du cadre théâtral, juste avant qu’il ne reste plus rien à voir, comme dans cette seconde séquence, « Je décide de voir quelques arbres », où l’objet supposé de l’attention si anxieusement anticipé, l’image imprimée de « quelques arbres », n’est finalement exhibé qu’une fraction de seconde. Reste le geste de dévoilement dans sa finalité propre, renvoyant moins à son résultat qu’à un pur et simple processus, écho du parti pris général du spectacle.

Mais il ne serait pas exact de présenter Pièces courtes… comme un spectacle strictement formaliste, ne soulevant que des questions ayant trait au médium théâtral et s’ingéniant à y répondre de la manière la plus originale possible. Au contraire, cette dimension est doublée d’une approche plus centrifuge. Certaines séquences, on pense notamment à la quatrième et à la sixième, présentent des formats échappant à la tradition des arts vivants : une séance de discussion instantanée sur chatroulette (système de messagerie instantanée mettant aléatoirement des gens en contact les uns avec les autres) ainsi qu’une démonstration de clavecin suivie d’une mini-conférence improvisée. En laissant une voie ouverte à l’improvisation, ces deux pièces permettent au spectacle de respirer. La situation qu’instaure la saynète numéro quatre est à ce titre particulièrement intéressante, en ce qu’elle donne à voir une interactivité à laquelle le spectateur assiste sans toutefois y participer. Une belle manière de reposer la question de la performance improvisée à l’heure des technologies de communication. Le public assiste à une rencontre fortuite, tandis que l’acteur se retrouve en position d’interface, entouré d’une audience double, l’une réelle, l’autre virtuelle, l’une collective, l’autre singulière, pour laquelle il doit adapter sa performance, la dotant en quelque sorte d’une double face.

Toutefois, la variété des situations, au lieu d’ouvrir l’ensemble, lui donne parfois l’allure d’une démonstration. La succession de situations ayant finalement peu de choses en commun laisse un arrière-goût de catalogue. Tout y passe, y compris l’entracte comme forme canonique ou la fête improvisée qui se poursuit hors de la salle à la fin (qui n’en est pas une) du spectacle.

Pour son premier essai de mise en scène, Maxime Kurvers choisit un format court qui rappelle entre autres les dernières œuvres de Samuel Beckett, notamment la fulgurante Breath, 25 secondes de souffle et de déchets dont Damien Hirst fera un film. Dans des performances éclaires, dont l’action est réduite au minimum, le jeune metteur en scène démontre toute son inventivité. À la fois épurées et généreuses, ces pièces courtes laissent présager du meilleur si Kurvers parvient à compenser un certain déséquilibre entre recherche formelle et contenu.

Vu au Théâtre La Commune CDN Aubervilliers. Conçu et mis en scène par Maxime Kurvers, avec Claire Rappin, Julien Geffroy, Charles Zévaco et des musiciens invités – en alternance Yoann Moulin, Martial Pauliat, Jérémie Arcache. Lumière Manon Lauriol, son Thomas Laigle. Photo d’Anne Beaugé. 

Prochaines dates au Théâtre de la Commune :
15 et 16 avril 2016
3 et 4 juin 2016

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Publié le 09/02/2016


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