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© Katerina Jebb

Olivier Saillard, Tilda Swinton & Charlotte Rampling, Sur-exposition

Le directeur du Palais Galliera – musée de la Mode, Olivier Saillard, tirait les fils d’une quatrième performance – Sur-exposition – avec Tilda Swinton (après The Impossible Wardrobe en 2012, Eternity Dress en 2013 et Cloackroom – Vestiaire obligatoire en 2014), associée cette fois-ci à Charlotte Rampling. Les deux actrices, la première écossaise, la seconde anglaise, sont habituées à passer des plateaux de tournages aux plateaux des théâtres et musées. Tilda Swinton interprétait The Maybe (avec Cornelia Parker) au MoMa de New York en 2013, reprise d’une performance donnée à la Serpentine Gallery de Londres en 2005. Charlotte Rampling, quant à elle, donnait de 2013 à 2015 The Night Dances, un récital de poésies de Sylvia Plath (1932-1963) avec la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton. À l’occasion du Festival d’Automne, c’est juste en face du Palais Galliera, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, que s’est tenue Sur-exposition, performance élaborée à partir des collections de la Maison Européenne de la Photographie. Un titre en clin d’œil à la technique photographique, la surexposition étant un excès de lumière sur un tirage, mais aussi à l’accumulation, peut-être à l’excès, d’images par les expositions – mais encore à une exposition augmentée, une exposition au-dessus des autres expositions. Dans tous les cas, la performance, pour la générale, jouissait d’une forte exposition médiatique à la veille de la Fashion Week.

Christian Lacroix, Chantal Thomass ou encore Vincent Daré étaient aux premiers rangs des gradins en arc de cercle, face à un mur blanc incurvé fortement éclairé. Tilda Swinton et Charlotte Rampling, Charlotte Rampling et Tilda Swinton patientaient sur deux bancs en largeur, cadrés par deux colonnes blanches, s’asseyant, s’allongeant, s’accroupissant – les gestes s’exposent – regardant le public de leurs yeux azurs, dans des poses yoga de photographies de mode, de celles réalisées par Patrick Demarchelier et Anne Leibovitz. Lorsque tout le monde est installé, les bancs sont retirés, un portant à photos est amené. Tilda Swinton pioche un rectangle noir, entièrement, se met face au public, le tend à bout de bras, et énonce le nom d’un photographe, le titre d’un cliché et l’année de sa réalisation, avant de longer le public, cadre à la main et de le disposer contre le mur. Charlotte Rampling fait de même, posant le rectangle au sol. Les rectangles noirs sont alors disposés – « accrochés » – en une exposition en train de se faire. Rectangles noirs qui sont les « fantômes » des photographies, photographes et sujets annoncés à la voix, graves et résolues, façon Grace Jones. Rectangles noirs qui respectent le format du tirage d’origine de l’image annoncée, énoncée. Les mots défilent. Des mots qui provoquent soit le souvenir soit l’oubli, le désir de combler l’oubli, face à ces rectangles noirs de différents formats. Des rectangles noirs qui annoncent aussi les photographies à venir. Autant de surfaces dans lesquelles il est possible d’anticiper des images – portraits ou paysages. Sur-exposition engage un jeu de contrastes entre la sous-exposition, terme technique qui désigne un ombrage trop prononcé sur un cliché, des rectangles et la blancheur du lieu, surexposée, la noirceur des rectangles qui se réfèrent au passé et la blancheur du lieu présent voué à s’assombrir, refoulé par les nouvelles pensées.

Le duo, d’abord habillé d’une longue blouse blanche de laborantine sur un pantalon noir cintré va, une fois les rectangles noirs disposés, revêtir une blouse noire pour surligner ce contraste. Elles font défiler les images absentes et défilent ensemble avec aisance, communiquant d’un geste de la main, d’un regard plus soutenu, rythmant en harmonie cette performance d’environ trois quart d’heure. Une performance à la croisée de la mode, de la photographie, du cinéma (« faire son cinéma ») qu’illustrent deux moments : lorsque Charlotte Rampling s’allonge quelques secondes durant face à un rectangle noir que tient Tilda Swinton, le visage, le corps cadrés, comme une modèle d’Helmut Newton – qu’elle fut – ou alors lorsque les deux anciennes modèles de Richard Avedon, côte à côte, à genoux, feuillettent un livre à la couverture noire, aux pages contenant chacune un carré noir qu’encadre une ligne blanche. Une page pour chacun des clichés des « Brown Sisters », ces sœurs photographiées chaque année depuis 1975. L’évocation se fait alors principalement par la parole de Tilda Swinton. Une parole « surexposée » qui atténue les détails et amplifie la fantaisie tout au long de ce « roman photo ».

Vu au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris dans le cadre du festival d’Automne à Paris. Une performance conçue par Olivier Saillard, Charlotte Rampling et Tilda Swinton. Avec la collaboration de Gaël Mamine, Alexandre Samson, Zoé Guedard, Aymar Crosnier et Katerina Jebb. Photo © Katerina Jebb.

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Publié le 10/10/2016


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