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Valeěrie Remise

Sauvageau Sauvageau, Christian Lapointe

De son vivant, Yves Hébert Sauvageau n’aura laissé que peu de traces de son oeuvre. Christian Lapointe a aujourd’hui choisi de lui rendre hommage par une mise en scène contemporaine qui ne manque pas de force dramatique. Disparu à l’âge de vingt-quatre ans, le jeune écrivain s’est suicidé en nous laissant des écrits comme seul témoignage de son esprit tourmenté.

Comme identifiés à ce que serait la conscience introspective et prospective de l’artiste, deux comédiens évoluent sur scène: l’un a l’âge de Sauvageau à sa disparition, l’autre beaucoup plus âgé. Les deux personnages sont comme tenus en tension par leur discours. Ils semblent être l’allégorie des contradictions internes qui habitent le jeune homme. On devient alors spectateur de son espace mental avant qu’il ne se donne la mort. Entre musique instrumentale, projections et dramaturgie, le spectacle devient un portrait vivant configuré avec toute la magie que permettent les procédés numériques. Ce médium fantasmagorique est tout à fait approprié pour évoquer cette idée de disparition.

Au travers des projections de photos, articles de presse et écrits, nous voilà plongés dans l’oeuvre, mais aussi la vie de cet écrivain torturé. Bien vite, un long hurlement anime la mémoire de cette personnalité: les comédiens deviennent alors son porte-parole. C’est à ce moment précis que la pièce de théâtre s’intensifie. Le monologue du plus jeune comédien devient un véritable tour de force: il s’approprie son personnage comme un être possédé, en faisant de son texte un cri continu de souffrance. Cette violence interne insuffle une haute tension dramatique qui atteint inévitablement notre affect et suscite notre empathie.

L’archétype de l’artiste maudit est là, mais il s’agit toutefois d’un romantisme réactualisé et introduit par une forme de documentaire. Les procédés d’écrans donnent lieu à des tableaux évanescents appuyant la force du propos. Avec une économie d’éléments matériels, la scénographie produit de l’émotion assez rapidement. Les projections numériques jouent un rôle important dans cette pièce et sont même un parti-pris tout à fait pertinent pour valoriser la mémoire d’une personnalité. Afin d’amplifier l’immersion du public, les effets pourraient cependant être davantage développés dans l’environnement scénique. Le lyrisme du personnage principal pourrait lui aussi être exprimé par une meilleure occupation de l’espace, en interaction avec le dispositif d’écrans. Malgré la puissance visuelle de la dramaturgie, le jeu est en quelque sorte contenu.

Il en résulte globalement un portait poignant, mis en valeur par une scénographie contemporaine pertinente. Pour Sauvageau, « s’enlever la vie ce n’est pas mourir, mais ne plus vouloir vivre ». Toute cette ardeur nous rappelle combien les ressources d’un artiste peuvent être encore de nos jours délaissées. L’interprétation de ce destin tragique est un hommage émouvant, une mise en lumière attentionnée d’un talent aujourd’hui éteint.

Vu au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal. D’après l’oeuvre de Yves Sauvageau. Adaptation et mise en scène Christian Lapointe, interprétation Paul Savoie, Gabriel Szabo, musique originale David Giguère, assistance à la mise en scène et régie Alexandra Sutto, dramaturgie Marie-Claude Verdier, scénographie Jean-François Labbé, costumes Virginie Leclerc, éclairages Sonoyo Nishikawa, vidéo Lionel Arnould, assistance aux costumes Maude Audet, archiviste de Sauvageau Raymond-Louis Laquerre. Photo Valérie Remise. 

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Publié le 17/10/2015


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