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Jean-Louis Fernandez

Six personnages en quête d’auteur, Emmanuel Demarcy-Mota

Emmanuel Demarcy Mota reprend cette saison sa fameuse mise en scène de la pièce de Pirandello parue en 1921 et devenue aujourd’hui un classique. Il y est question de théâtre, de la limite à peine perceptible et parfois vertigineuse entre le réel et le fictionnel. Avec cette pièce, l’auteur italien propose une réflexion théorique profonde sur la dramaturgie du début du XXème siècle dont se saisit ici le metteur en scène en s’entourant des comédiens de la troupe du théâtre de la ville.

On assiste au départ à des répétitions, les comédiens sont dirigés par le metteur en scène assis au même niveau que le public au milieu des premiers rangs et le théâtre est comme retourné : on y voit l’envers du décor, des régisseurs aux lumières apparentes, tout nous y est révélé. Cette pièce dans la pièce qui est en train de se jouer est écrite par un certain Pirandello « un auteur que personne ne comprend » d’après l’un des comédiens. C’est à ce moment que surgissent les personnages, ils sont six, presque fantomatiques, en tenue de deuil et ils s’avancent sur la scène pour y déposer un drame dont ils portent l’essence et que leur auteur n’a pu saisir et raconter. Ils enjoignent ainsi le metteur en scène à écrire leur histoire et à la représenter. Les comédiens et les personnages occupent l’espace en se confrontant, tels deux groupes irréconciliables mais toujours tentés de se rapprocher. Le metteur en scène (Alain Libolt), véritable chef d’orchestre, tente donc de travailler au plateau avec d’un côté des personnages écorchés vifs qui exposent leur histoire familiale entremêlée de meurtres, d’inceste et de relations conflictuelles et de l’autre, des comédiens tentant de saisir quelque chose dans cette énumération de faits divers familiaux ainsi incarnés.

Il est donc ici question de la représentation de ces événements et plus largement de l’impossibilité du drame. Un drame qui existe mais que personne ne parvient à jouer car il ne peut avoir lieu en dehors de ces personnages qui eux, sont dans un interstice très fin entre la réalité et la fiction. En présentant les six personnages sur une scène en bois apposée sur le plateau initial, Emmanuel Demarcy Mota rend compte des scènes dans la scène, de l’ensemble des plans sur lesquels se jouent ces tentatives de représentations.

Les comédiens qui jouent les personnages instaurent dès leur arrivée une atmosphère particulière et un rythme qui confère au spectacle une dimension très poétique. Tandis que le beau-père (Hugues Quester) tire les ficelles du drame et se place en maître de cérémonie de l’histoire qui se déroule, la belle-fille (Valérie Dashwood) tente de livrer sa vérité, se jetant dans divers élans passionnés.

La lumière d’Yves Collet associée à la musique de Jefferson Lembeye participent de l’atmosphère inquiétante et toute en tension qui tient en haleine le spectateur dès le début des répétitions. Le plateau devient ainsi cet espace dans lequel tout se laisse entrevoir ou s’expose, se met en lumière ou écrase, afin de ne jamais pouvoir dire de manière péremptoire qu’il y a une différence entre ce qui se joue ou ce qui se vit.

Vu au Théâtre de la Ville. Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota. Avec Hugues Quester, Alain Libolt, Valérie Dashwood, Sarah Karbasnikoff, Stéphane Krähenbühl, Walter N’Guyen, Céline Carrère, Charles-Roger Bour, Philippe Demarle, Sandra Faure, Gaëlle Guillou, Gérald Maillet, Pascal Vuillemot et Jauris Casanova. Scénographie et lumières Yves Collet. Musique Jefferson Lembeye. Costumes Corinne Baudelot. Maquillages Catherine Nicolas. Photo de Jean-Louis Fernandez. 

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Publié le 02/04/2016


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